Mes écrits phares : là où l'intime résonne
Le monstre de mes rêves.
Un beau jour, je t’ai aperçu : tu étais au bas de l’escalier, chez moi. Un homme fort et rempli de jugements ; à ce moment-là, je n’en avais rien à foutre. Tu étais l’ami de la mienne. Tu m’as tendu la main, la pire chose que tu aies pu faire cette journée-là. Sans m’en rendre compte, je m’étais passé une corde autour du cou, je m’étais enfermée dans un piège. Un piège si beau, amusant, et qui allait m’apporter du défi. Ça y était : j’ai mis ma main dans la tienne. Ton beau sourire et tes blagues m’avaient charmée… charmée un peu trop fort.
Un matin, je me suis réveillée. Tu étais allongé de tout ton long, profondément endormi après une veille chargée d’émotions. Je me suis assise pour contempler le monstre que tu étais, celui que je n’avais pas encore eu la chance de rencontrer. Tu as ouvert les yeux, et le monstre sur ton visage s’est dispersé pour laisser place à ce regard de la veille. Tes yeux bruns, ensoleillés — j’y croyais. Ils rayonnaient. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte que cette lumière n’était pas restée longtemps.
Les journées passaient tellement vite à tes côtés que je n’en avais jamais assez. On m’avait prévenue de tes émotions instables et de tes moments difficiles à gérer, mais malgré tout, je me sentais prête à affronter tes peurs et tout ce qui venait avec toi. J’étais prête. Prête à recevoir une claque en plein cœur.
Plus les jours avançaient, plus je t’aimais, et plus j’avais peur de toi. Ton humeur changeait lentement, ta patience s’écourtait chaque jour un peu plus. Tes yeux devenaient noirs. Chaque dimanche, je me disais que la semaine suivante serait meilleure que la précédente, et chaque lundi, je me réveillais avec le monstre que tu étais devenu.
On était heureux, enjoués d’être ensemble, mais il y avait toujours un mais. Tu hésitais à m’aimer comme je t’aimais ; tu y réfléchissais sans arrêt. Peu à peu, les questions ont envahi ta tête, et les craintes sont arrivées comme une tornade. Ce que je ne savais pas, c’est que tu m’entraînerais avec toi dans cet orage. La peur s’est emparée de moi, et ton autorité a pris le dessus. Tes mains sont devenues bouillantes d’agitation, ton corps lourd, ta gorge se serrait de plus en plus. Ta colère montait. Tu as commencé avec des mots — des mots choisis avec précision. Les pensées qui t’habitaient t’emprisonnaient, et il fallait que je les ressente aussi. Savoir que cela m’affectait te faisait sourire. Tes mots me blessaient, et pourtant tu disais vouloir rendre ta moitié heureuse.
Il était trop tard. Je ne pouvais plus faire marche arrière. J’irais où ? Je ferais quoi ? Je ferais quoi sans toi ?
Je n’ai pas dit un mot, par peur que tes doigts ne retouchent ma peau. Chaque fois que je croyais que nous allions réussir à nous aimer sans douleur, celle qui suivait était toujours plus grande, plus écrasante. Tu étais prêt à étouffer chacune de mes paroles jusqu’à leur mort, à noyer le son de ma voix — cette même mélodie qui t’avait autrefois bouleversé.
Proches de mon cœur, de mon âme et de mon corps, les souvenirs, bons comme mauvais, je m’en veux encore de les avoir aimés. Je te détesterai à jamais comme je te chérirai jusqu’à la fin. La fragilité et la sensibilité que je ressens lorsque je pense à toi m’écœurent. Je me demande encore comment je peux prononcer ton nom sans trembler. Qu’est-ce que tu voulais exactement ? Que je ne t’oublie pas ? Ne t’en fais pas. Je n’oublierai jamais les coups que tu m’as donnés, et par-dessus tout, je n’oublierai jamais le monstre que tu es.
Karolan Bourassa
Pardonne-moi, mini.
Pardonne-moi, mini.
J’ai paniqué.
J’ai eu peur.
Je t’ai flushé.
J’ai manqué d’air.
Mon cœur et mon âme ont crié.
Je manque de mots pour comprendre ce que je ressens.
Tu étais là, et je t’ai senti tomber.
Je me suis retournée : tu étais là, replié comme une petite crevette.
Je n’aurais jamais pensé avoir à te perdre.
Je ne savais même pas que tu t’étais fait un petit chemin,
bien au chaud, jusque dans mon bedon.
Pardonne-moi, mini.
J’ai l’impression d’avoir échoué,
d’avoir manqué à mon devoir de te protéger.
Je n’ai même pas eu le temps de te dire au revoir.
Tu étais déjà de l’autre côté, sur ton nuage.
Replié sur toi-même,
ta petite main — si mini — m’a saluée.
Pardonne-moi, mini.
J’ai paniqué.
J’ai eu peur.
Je t’ai flushé.
J’ai manqué d’air.
Mon cœur et mon âme ont crié.
Le ciel me rappelle que tu es enveloppé
dans des draps d’étoiles.
Au chaud.
Les rayons du soleil apaisent ta solitude.
Mini, tu étais réellement mini.
Les étoiles scintillent au-dessus de ta tête,
et les nuages emballent ton petit cœur.
Pardonne-moi, mini.
J’ai paniqué.
J’ai eu peur.
Je t’ai flushé.
J’ai manqué d’air.
Mon cœur et mon âme ont crié.
Karolan Bourassa
Toi, assit au fond là-bas.
Ça a débuté comme ça. Tu étais assis au fond là-bas et tu observais tout. Je m’étais assise non pas très loin de toi, assez près pour que l’odeur de mon parfum te sorte de tes pensées, mais pas assez pour que tu puisses y goûter. Tel que je le pensais, ton regard s’est alors dirigé vers moi.
La cloche sonnait, mais tu ne bougeais toujours pas. Je m’étais retournée vers toi et c’est à ce moment-là seulement que tu avais décidé de te lever. À cet instant, je ne m’étais pas trop posé de questions. J’avais tout simplement amassé mes affaires et quitté la classe.
Le cœur me débattait et je n’en connaissais en aucun cas la cause. Pourtant, le phénomène recommençait chaque fois que tu devais passer près de moi. Le beau grand brun aux yeux verts ? Là, je me posais la question. Était-il possible que tu m’aies jeté un sort ?
J’aurais aimé pouvoir mettre mes palpitations cardiaques sur autre chose que toi, mais la réalité en était autrement. Tu me déconcentrais, tu me déconcentrais tellement que même mes notes scolaires étaient en chute libre. S’il te plaît, voudrais-tu disparaître ?
Karolan Bourassa
LC, ch.19
Il y a des endroits qui n’ont rien de spectaculaire, rien de dramatique en apparence, mais qui changent quelque chose en toi pour toujours. Des lieux froids, faits de murs trop propres, de portes qui claquent fort, de regards qui évitent les tiens.
C’est étrange comme un simple passage peut devenir une frontière. Un endroit où l’on comprend, sans que personne n’ait besoin de l’expliquer, que la vie vient de basculer d’un côté et que toi, tu restes de l’autre.
J’sais pas par quoi commencer, dans quoi mordre pour que ça fasse moins mal. Quoi penser pour que ma tête soit moins lourde. Quoi faire pour retenir chaque larme qui pousse derrière mes yeux comme si mon corps voulait tout laisser sortir d’un coup.
C’est dur d’avoir eu à regarder de l’autre côté de la passerelle. Si proche, mais quand même impossible de vraiment te voir. Juste savoir que tu étais là, de l’autre bord. Se contenter d’un signe de tête, d’un regard trop rapide, sans pouvoir dire ce qu’on aurait voulu dire. Sans pouvoir rester assez longtemps pour que ça fasse un peu moins mal.
S’pas évident d’entendre tout ce que le monde dit autour. Les mots tournent, se répètent, cognent dans le vide. On te parle, comme si les bonnes phrases existaient vraiment tout en étant tellement méprisant. Mais y’en a pas. Parce qu’ils ne peuvent pas savoir ce que ça fait, ce moment précis où tu comprends que quelqu’un d’important vient de passer de l’autre côté… et que toi, tu as plus aucun moyen de le rejoindre.
Depuis, j’ai l’impression de marcher avec un poids invisible accroché au cœur. Personne ne le voit, mais moi je le sens à chaque respiration. Comme si l’air passait moins bien. Comme si même vivre demandait un effort de plus.
Je me surprends à fixer des détails inutiles pour ne pas penser au reste. Le bruit d’une porte. La lumière qui tombe sur le plancher. Une tasse oubliée sur la table. Tout devient une distraction fragile pour ne pas replonger dans ce vide qui attend juste derrière.
Parce que le pire, ce n’est pas le moment lui-même. C’est l’après.
Le retour au monde normal alors que rien en toi ne l’est encore.
Les gens continuent de vivre. Le temps continue d’avancer. Les journées passent, pleines de choses ordinaires. Et toi, tu as l’impression d’être restée coincée dans cet instant précis, celui où ton cœur a compris que quelqu’un venait d’être arraché à sa vie, à la nôtre, d’un coup sec.
Et puis, à un moment, la vie reprend son rythme, même si toi, t’es encore restée un peu figée là-bas. Les journées s’empilent, les conversations continuent, les rires reviennent parfois… mais il y a toujours ce coin en dedans qui sait très bien qu’il manque quelqu’un à sa place.
On finit par comprendre que ce n’est pas une absence qui s’efface. C’est une présence qui change de forme. Une présence qu’on ne voit plus, qu’on ne peut plus rejoindre comme avant, mais qui continue d’exister dans les habitudes, dans les réflexes, dans les silences aussi.
Parce qu’au fond, ce qui fait le plus mal, ce n’est pas seulement la distance.
C’est tout ce qui reste en suspens.
Les choses qu’on n’a pas pu dire.
Les blagues qu’on ne pourra pas refaire.
Les moments ordinaires qu’on croyait acquis et qui, soudainement, ne le sont plus.
Et c’est là que ça frappe pour vrai.
Les liens importants ne disparaissent pas quand une porte se referme. Ils restent là, solides, ancrés, même quand des barreaux viennent s’interposer.
Ils continuent d’exister dans la mémoire, dans la loyauté, dans cette manière qu’on a de garder une place pour quelqu’un… même quand le monde nous oblige à vivre sans lui, pour un temps.
Et cette place-là, elle ne se remplit pas.
Elle attend.
Karolan Bourassa
Avant de me laisser prendre.
Parlons de Document 1 de François Blais. C’est ce que l’on m’a demandé de faire! Écrire à partir de ce fichu roman. Je dis fichu parce que je n’aime pas me rendre compte que j’apprécie une œuvre alors que les vingt-quatre premières pages ne m’avaient pas du tout intéressée. En réalité, j’avais arrêté ma lecture à la page trois.
J’ai repris le livre, au moment où j’ai dû commencer le début d’un atelier d’écriture. J’ai réellement essayé, je vous assure. Mais après une quinzaine de minutes, j’ai laissé tomber mon texte pour replonger dans l’écriture de Blais. Et là, sans trop comprendre pourquoi, j’ai complètement embarqué. Chaque mot semblait tomber juste. J’ai dévoré le reste de la première partie.
Cet univers dans lequel Blais nous transporte peut nous prendre au dépourvu. J’ai parfois l’impression de m’aventurer, malgré moi, dans une critique littéraire lorsque je lis ses mots, alors que ce n’est pas là où je souhaite que mon esprit se dirige. Ce texte a-t-il réellement un but ? Pourquoi ce style ? La manière de Blais est un style en soi, sans aucun doute. Ne jugez pas — c’est ce que mon enseignante me dirait encore, et encore.
Là où je veux en venir, ce n’est pas réellement le procès mental que je me fais de cet écrivain — qui, je dois le dire, m’a surprise, mais ça, vous l’aurez compris. Là où je veux vous amener, c’est dans le voyage qu’un texte peut vous faire vivre, tout en vous dérangeant. Ce dérangement, je commence à croire qu’il est nécessaire. Qu’il agit comme un fils conducteur discret, mais puissant. Un texte qui dérange ne cherche pas à plaire ; il insiste, il résiste, il oblige à déplacer son regard. Il crée un inconfort, parfois subtil, parfois clair, mais toujours révélateur. Révélateur de nos attentes, de notre patience, de notre façon de s’approprier les mots.
Ce sont rarement les textes les plus confortables qui s’imprègne à nous. Ceux qui dérangent demandent plus : plus d’attention, plus de temps, plus d’abandon. Ils nous forcent à ralentir, à douter, à accepter de ne pas tout capter aussi rapidement que nous l’aurions voulu. Et c’est précisément dans cette zone d’incertitude que quelque chose se passe.
Avec Blais, j’ai compris que le malaise initial n’était pas un échec de lecture, mais une étape — un passage obligé. Comme si le texte me testait, me demandait si j’étais prête à le suivre là où il voulait m’emmener et même si cela impliquait de me déstabiliser un peu en chemin.
Je n’étais peut-être pas prête à ce texte au moment où je l’ai ouvert. Mais il m’attendait. Et c’est sans doute ça, la force de certaines lectures : elles arrivent exactement quand on cesse de leur résister.
Karolan Bourassa
Ce qui se voit
De la boucane. Des arbres morts. Une ville ordinaire. Des fils partout. Le ciel est coupé en morceaux. De l’autre côté de la fenêtre, c’est bleu, trop clair pour ce qu’on vit ici. À l’intérieur, c’est sombre. Les lumières sont fermées. On est là pareil.
On est assis à des bureaux. Des crayons dans les mains. Le bruit des mines contre le papier me rentre dans la tête. Trois gars. Dix filles. Je compte. Toujours. J’aime savoir combien on est.
Le tableau est blanc. Complètement. Il n’aide pas. Les bureaux sont alignés comme si quelqu’un avait décidé pour nous. L’odeur de papier, de plastique et de manteaux mouillés. Quelqu’un tousse. Une chaise grince. Personne ne parle. On écrit parce que c’est ce qu’il faut faire.
Je regarde dehors. Les bâtiments sont laids. Je ne le dis pas. Une usine crache encore. De la boucane. Le ciel reste bleu, indifférent. Les nuages passent sans se soucier de nous. Les arbres sont figés. À l’intérieur, on se tient tranquille. Les corps obéissent. Les mains avancent, même quand la tête décroche.
Je vois des choses. Des petites affaires. Un crayon usé jusqu’au bout. Une gomme presque morte. Une élève fixe ses mains. Un gars tape du doigt, ça m’énerve un peu. Je le garde pour moi. Une autre efface et recommence. Elle a l’air tannée. Le temps étire.
Personne ne regarde personne. Chacun est pris dans sa feuille. Parfois, quelqu’un lève la tête, puis la rebaisse aussitôt. Le tableau reste blanc. Il ne bougera pas aujourd’hui.
Je suis là, moi aussi. Assise. J’écris même quand je ne sais pas quoi écrire. J’observe parce que ça me tient éveillée. Je note ce qui reste. Ce qui colle. Rien d’important, peut-être. Une salle. Des étudiants. Une ville derrière une vitre. De la boucane. Encore.
Karolan Bourassa
Jumelle cosmique.
Installées au chaud, nous étions repliées l’une sur l’autre. Deux corps minuscules, deux présences silencieuses, serrées dans un même espace. L’une collée à l’autre, sans frontière claire, sans séparation possible. Nous existions ensemble, sans mots, sans peur, sans savoir que l’une de nous allait rester seule.
Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir perdu une partie de moi. Pas une partie visible, pas quelque chose que j’ai tenu dans mes bras, mais quelque chose de profondément enraciné. Une absence que je traîne depuis toujours, comme si je portais un manque avant même d’avoir appris à marcher. Celle qui me hante aux petites heures, quand le monde se tait et que tout devient plus lourd. Celle qui me manque sans que je puisse la pleurer comme on pleure les morts visibles........
( À suivre )
Karolan Bourassa